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  • asiegwald

Les expériences bipolaires

La gestalt-thérapie propose une vision révolutionnaire du trouble bipolaire. D'après Michela Gecele in "L'absence est le pont entre nous", dir. G. Francesetti.

Sans négliger les critères du DSM, la Gestalt considère l'état maniaque comme un excès de vitalité : réduction du sommeil, accélération des pensées, augmentation du sens des possibles et sous-estimation des risques. Cet excès est tel qu'il peut produire chez le sujet un détachement du monde. Si les ressources de l'environnement ne peuvent soutenir une telle humeur, alors celle-ci peut mener à un effondrement.

On peut regarder cet excès de vitalité selon trois points de vue complémentaires


1. La personne sujette à ces états a connu des échecs relationnels répétés au cours de son développement. L'état maniaque peut être la compensation de ces échecs mais aussi l'écho d'une relation soutenante dans le contexte d'une impossibilité à atteindre l'autre. Si c'est une compensation, alors une énergie excessive s'exprime sans direction ; l'aller-vers se fragmente et les repères vitaux (le temps, l'espace) sont perdus. "C'est comme si la personne amène dans le champ toute l'énergie qui a manqué dans ses expériences répétées d'échec à atteindre l'autre. Ce faisant, cette pulsion l'amène à dépasser les frontières de l'expérience humaine."


2. Tout ce que la personne a appris, ce qu'elle a "introjecté" (valeurs, langage, habitudes, rythmes biologiques, structure temporelle...) se dissout. Tous les filtres à travers lesquels on voit la réalité tombent puisque ces filtres ont été acquis dans l'échec relationnel. Tout semble possible, mais la notion du temps est perdue, la relation entre le corps et le monde devient chaotique : ce qui relie la personne au monde s’effiloche.


3. Les centres d'intérêt (les "figures") se succèdent à toute vitesse. Cela empêche de sentir l'impasse relationnelle mais ces centres d'intérêt se neutralisent les uns les autres La capacité à choisir (le "mode je") prédomine, comme décollée des sensation et du sentiment de sa propre identité. La personne se disperse dans plusieurs directions à la fois, l'énergie est dilapidée.


Comment accompagne-t-on ces personnes ?

En phase aiguë, le ou la thérapeute doit rester aux côtés de la personne sans se laisser aspirer par le vide relationnel sous-jacent. Il faut aider la personne à constituer un récit de cet épisode afin de conserver le sens du temps. Il est également nécessaire de faire comme si le contact humain pouvait encore avoir lieu (et de fait, il aura lieu par moments) tout en soutenant la famille. Un traitement médicamenteux peut être nécessaire.

En phase intermédiaire, il faudra aider la personne à intégrer l'ensemble de ses expériences (y compris ses épisodes maniaques), à leur trouver du sens, et en même temps lui permettre de développer une plus grande sensibilité aux signes d'une rechute possible (par exemple, une diminution du besoin de sommeil). Il est également essentiel de construire un nouveau fond relationnel, c'est à dire accueillir totalement la personne dans une relation contenante.

Un signe de guérison est la capacité de la personne à accepter et intégrer ses expériences maniaques. Cela implique de traverser des sentiments paradoxaux qui vont de la honte à la grande vitalité que portent ces expériences.

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