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  • asiegwald

Gestalt /vs/TCC


Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) sont en vogue depuis quelques années, sans doute parce qu'elles ont été diffusées dans un milieu universitaire qui se prête facilement à l'évaluation et possède des liens avec le milieu de l'édition, ce a permis une diffusion rapide. Egalement parce que c'est plutôt efficace, notamment pour traiter des troubles comme les TOC et les phobies, justement.

J'ai parcouru dernièrement un petit ouvrage intitulé "Les rituels de l'angoisse", : je trouvais le titre plutôt chouette, et l'auteur s'appelle Maryvonne, ce qui me la rend a priori sympathique.

L'auteur fait un panorama intéressant des phobies et des obsessions, avant de montrer succinctement mais très clairement comment on peut traiter ça en thérapie.

Le point commun de ces troubles est qu'ils pourrissent la vie du sujet, et ce n'est pas juste ! Considérez par exemple le narcissique qui, s'il va très bien lui merci, pourrit abondamment la vie de ses proches.

Les phobies sont un truc fascinant mais qui peut être drôlement invalidant. C'est une sorte d'allergie psychique : le cerveau s'emballe pour un danger imaginaire ou très exagéré. Par exemple, il y a des hommes d'affaires qui ne peuvent plus prendre l'avion ou des enfants qui deviennent incapables d'aller à l'école (et ce n'est pas du chiqué). Mickaël Jackson, en plus d'être hypocondriaque, était dysmorphophobe, c'est à dire qu'il était dominé par la peur d'être difforme. Il aurait subi une douzaine d'opérations, certaines toutefois justifiées par une maladie de peau.

Les obsessions sont aussi un truc terrible : le livre présente le cas d'un laveur tellement angoissé (son angoisse à lui s'est cristallisée sur le SIDA) qu'il passe près de 3 heures tous les matins à effectuer ses rituels de lavage. On peut perdre son couple ou son emploi avec ce genre de compulsions. David Beckam lui-même, jusqu'en 2012 je crois, était obligé de tout ranger en ligne droite ou par paires, si bien que pendant des années ses copains qui sont des footeux un peu épais, se fichaient de lui dans le vestiaire.

Mais le cas le plus intéressant pour mon propos est celui de Mathilde. En résumé, la jeune Mathilde doit passer une semaine au ski avec son époux et une bande d'amis, mais ne dort plus et déprime parce qu'elle ne sait pas skier. Elle a tellement honte qu'elle n'ose pas en parler à son mari. Grâce à la thérapie, Mathilde ose demander le niveau de ski des autres personnes et s'aperçoit que d'autres ne savent pas skier. Elle ose aussi confier à son mari qu'elle ne skie pas et découvre qu'il ne demande pas le divorce pour autant. C'est donc un happy end, la psy a fait du bon boulot et Mathilde va mieux.

Mais alors pourquoi est-ce qu'il reste quelque chose qui me gêne ?

Peut-être parce que tout cela est presque trop simple. La gestalt me semble tout aussi adaptée que les TCC pour traiter une phobie, mais dans ce cas présent un gestaltiste aurait travaillé différemment. A vue de nez et sans connaître cette jeune femme, il aurait pu se poser quelques questions pour commencer :

- Mathilde peut-elle se différencier ? Est-elle issue d'un système familial ou d'un couple confluent ? Si c'est le cas, ne risque-t-elle pas de vivre à nouveau la même situation, lors de l'achat d'une maison ou au moment du choix de l'école pour les enfants ?

- Maryvonne Leclère (l'auteure) nous apprend que le groupe d'ami va au ski car leurs revenus le permettent, ce qui n'était pas le cas jusqu'alors. Quel rapport Mathilde a avec l'argent ? Un séjour au ski est-il vécu comme une trahison du système familial ? Mathilde est-elle en pleine "névrose de classe" ?

- Mathilde a pu renoncer a un premier séjour au ski parce que sa mère subissait une opération bénigne. On touche au versant existentiel de la névrose, l'angoisse de finitude. Freud considérait que l'angoisse de mort n'est qu'un symptôme de l'angoisse de castration. Irvin Yalom soutient un peu le contraire...

- Enfin, faire du ski est une activité physique, et l'on pourrait explorer le rapport au corps de la personne, vérifier que sa sécurité intérieure est suffisante pour lui permettre de sentir le sol glisser sous ses pieds, ...

On touche ainsi la différence entre les TCC et la Gestalt. Les TCC sont issues du cognitivisme : un courant de la psychologie qui considère la psyché comme une machine à traiter de l'information. Le thérapeute propose alors un ensemble de techniques pour reprogrammer ou "déconditionner" les processus cognitifs et les comportements.

La Gestalt est une thérapie humaniste qui considère la personne comme fondamentalement créative, responsable et spontanée. Le thérapeute propose une présence et des expérimentation qui permettent à la personne de découvrir sa propre liberté d'être.

De manière un peu schématique, le cognitiviste considère que l'enfant travaille pour avoir un bonbon là ou le gestaltiste considère que l'enfant travaille pour satisfaire quelque chose qui ressemble à un instinct d'apprendre.

Les TCC proposent des solutions et produisent les effets qu'elles sont supposées produire. La gestalt propose un chemin et permet à la personne de retrouver sa propre créativité.

De toutes façons, ce qui est déterminant dans l'efficacité d'une thérapie, c'est peut-être avant tout la qualité de l'alliance thérapeutique...

#tcc #gestalt #phobies

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