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  • asiegwald

La loi sur la psychothérapie, une ineptie ?


En France, depuis 2012, le titre de psychothérapeute est protégé par la loi afin de lutter contre les praticiens incompétents et d'éviter les dérives sectaires. Ce titre est réservé :

- aux psychologues titulaires d'un diplôme universitaire

- aux psychiatres, médecins et psychanalystes, moyennant une formation complémentaire d'une brièveté consternante. En effet, la loi délivre un titre, non un diplôme.

1. Pas de charlatan à bac +5 ?

Concernant la lutte contre les dérives sectaires, le législateur semble avoir fait l'hypothèse que les personnes ayant fait de longues études universitaires sont à l'abri du phénomène sectaire. Cette croyance s'enracine dans la médiatisation de quelques sociopathes à moitié incultes comme Gilbert Bourdin, Charles Manson ou Shoko Asahara (organisateur de l'attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo).

Il existe pourtant nombre de gourous diplômés :

- Luc Jouret, un des fondateurs de la secte du Temple Solaire, était médecin.

- Jean Luc Ayoun, médecin (le "gourou des cristaux") et Véronique Loriot, psychologue, vendaient des décodages par courrier à 80 euros pièce et proposaient des cristaux pour accéder à la cinquième dimension !

Ils ont été mis en examen.

- Alain Scohy est un médecin ; il a longtemps affirmé que le sida n'existait pas et soignait le cancer avec du jus de citron.

- En 2012, 18 mois avec sursis ont été requis contre un psychologue au Tribunal de Paris pour escroquerie.

Sans parler des abus, des passages à l'acte praticien/cliente, dont certains passent hélas à travers les mailles de la justice.

Conclusion : les études ne vaccinent pas contre l'escroquerie.

2. Modifier le nom du restaurant change-t-il la qualité du service ? La loi modifie le titre mais pas l'exercice. Les praticiens qui ne peuvent prétendre au titre de psychothérapeute, qu'ils soient excellents ou non, choisiront un autre affichage. Thérapeute relationnel... thérapeute systémique ... psychopraticien... Tous ces titres ne sont pas protégés par la loi et permettent donc à pléthore de praticiens d'exercer... Et cette diversité est une chance, parce qu'elle permet au client/patient de faire son marché dans un offre variée et de trouver la personne la plus adaptée à sa demande.

Je ne suis pas spécialiste culinaire, mais je sais bien dans quel restaurant je peux aller pour me nourrir convenablement. De la même façon, je peux aller voir un thérapeute pour une séance, et décider ensuite de le revoir ou pas. C'est aussi pour cela qu'en gestalt on parle de client et non de patient : c'est le client qui décide !

Autrement dit, la loi ne changera pas grand chose à l'exercice de la psychothérapie.

3. Au moins, la loi protège-t-elle le client/patient ?

La loi n'impose aucune supervision au thérapeute. Et c'est grave ! En effet, la supervision est un moment essentiel pendant lequel le praticien parle de son travail à un praticien plus expérimenté que l'on appelle le superviseur. C'est l'occasion de travailler sur le contre transfert (les affects que le thérapeute projette sur son client), d'aborder les questions ethiques, de surveiller le risque de burn out du soignant...

Autrement dit, c'est un temps indispensable d'analyse de la pratique, et la loi ne le rend pas obligatoire.

De plus, la loi n'impose aucune formation pratique à la relation d'aide. C'est un peu comme si je confiais ma voiture à un garagiste qui aurait une très bonne connaissance du fonctionnement d'un moteur, mais qui ne saurait ni quand ni comment utiliser une presse à cintrer. Le thérapeute est un artisan de la relation, il doit posséder un savoir faire et un savoir être. Le savoir seul est nécessaire mais non suffisant. Dans une approche phénoménologique, on considère même qu'il faut suspendre ses connaissances sur la pathologie pour rencontrer et aider la personne.

La loi ne protège donc pas le patient.

Conclusion : qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse !

La loi Accoyer est pavée de bonnes intentions mais ne protège pas le patient contre les gourous ni contre l'incompétence ; elle ne changera rien à la pratique de la psychothérapie.

La clé d'une thérapie réussie, c'est le thérapeute. En effet, des recherches permettent de dresser le "portrait-robot" du psy efficace :

- il est engagé dans un processus de conscience reflexive de soi ;

- il est capable de créer une alliance thérapeutique entre lui et son client/patient ;

- il tend à valider les efforts du client ;

- il met en place un cadre sécurisant, en restant capable d'une certaine souplesse.

"Une psychothérapie progresse quand le sujet arrive à transformer la solitude d'un monde de souffrance sans mots en une expérience de souffrance partagée" (Grands dossiers des Sciences humaines n°15)

#loipsychothérapeute

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